Il y a dix-neuf ans, le groupe Vulcain introduisait sa réunion de transparence Banque de France. Un rendez-vous devenu incontournable et qui reste original dans le paysage de la distribution automobile.

Tous les ans, à l’approche du mois de juin, les responsables des différentes entités qui composent le groupe Vulcain s’affairent à l’organisation de la réunion de transparence Banque de France. Institué il y a dix-neuf ans, ce rendez-vous rassemble, le temps d’une matinée, les banques, les établissements financiers, les constructeurs, des collaborateurs, plus des journalistes conviés depuis quelques années.

Le principe : présenter le bilan et les résultats financiers de l’entreprise sur l’année écoulée et exposer les projets et développements à venir. « Il y a dix-neuf ans, j’avais échangé avec les gens de la Banque de France, qui m’avaient suggéré de rencontrer les banquiers, raconte Jean-Pierre Rinaudo, fondateur et président du groupe. Au début, nous rassemblions environ huit personnes dans un restaurant, en petit comité, puis ce rendez-vous est monté en puissance au fil des ans, avec parfois quelques évolutions dans les lieux ou le contenu. Lors de cet événement, on se met à nu devant tout le monde, car nous ne dissimulons pas les difficultés que peut traverser le groupe. Par cette façon, nous montrons aux banquiers comme aux établissements financiers que nous ne leur racontons pas d’histoires. Ces réunions sont très attendues et sont devenues importantes pour eux comme pour nous. »

Pendant plus de deux heures sont ainsi exposés les forces et les faiblesses des différentes sociétés du groupe, ainsi que les axes d’amélioration identifiés. Des invités ou intervenants extérieurs ont pour habitude de clôturer ces réunions (la leader de la patrouille de France, l’ultra-trailer François D’Haene, un responsable de Facebook…). En plus des banquiers, Yves Pasquier-Desvignes, président de Volvo Cars France, Philippe Geffroy, celui de Mazda France, mais aussi des responsables du commerce et du réseau de Kia, Honda et Opel avaient fait le déplacement pour cette 19e édition, qui s’est déroulée le 12 juin 2019 dans la concession Lyon Elite Motors, à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise.

Exercice perturbé

La transparence revendiquée à travers l’événement prenait toute sa dimension cette année au regard des difficultés rencontrées en 2018. Un exercice présenté d’emblée par les dirigeants comme « perturbé ».

« C’est justement après une année compliquée que cet événement doit être organisé et qu’il prend tout son sens. Autrement, il faut l’arrêter complètement », confie Jean-Pierre Rinaudo.

La plaque de pièces de rechange (PR) Alliance Centre Auvergne (ACA), créée en 2017 à Clermont-Ferrand avec trois autres opérateurs, a été la principale cause de ces perturbations. Celle-ci a représenté 1,2 M€ de pertes en 2018 pour le groupe. « L’intégration informatique s’est révélée complexe. Les équipes commerciales des concessions ont dû se familiariser avec un nouveau métier, explique Vincent Girerd, directeur général du groupe. Les coûts de transport ont pesé plus de 4% du chiffre d’affaires, alors qu’ils devraient se situer entre 1,2 et 1,8% pour une telle plaque. Enfin, nous avons fait face à une concurrence commerciale très forte sur la zone. En revanche, la qualité de service a toujours été au rendez-vous. »

« Les pertes sont loin derrière nous »

Un bilan négatif qui a directement impacté les résultats de la concession Oppidum Automobiles (Citroën et DS, à Clermont-Ferrand) et pesé plus largement sur les résultats du groupe. Vulcain a enregistré l’an passé un taux de résultat net de 0,41% (sans la plaque ACA), en retrait de 0,07 point par rapport à 2017. En intégrant l’activité de la plaque PR, le résultat net s’est établi à 0,04%. « Au regard des premiers mois de 2019, cette perte est déjà loin derrière nous. Nous sommes repartis sur une tendance positive et plus de 80% de nos ventes reposent sur des marques qui sont dans le vert depuis janvier », indique Vincent Girerd. ACA a dégagé un chiffre d’affaires de 90 M€ en 2018 et le groupe vise 100 M€ cette année et 1,8% de rentabilité.

La problématique PR sera encore d’actualité en 2019, puisque les pièces Opel seront intégrées au sein des plaques Distrigo en fin d’année. « L’arrivée de ces pièces va permettre d’accroître le chiffre d’affaires de la plaque. Sur ce point-là, c’est positif. En revanche, nous anticipons une perte de rentabilité au sein de nos affaires dans les prochaines années, soulève le dirigeant. Il s’agit d’un nouveau tournant, qui va impliquer de restructurer nos concessions. Opel va nous aider à passer ce cap. » L’exercice 2018 s’est également révélé difficile pour la plaque parisienne, constituée d’Opel (Paris 17), Kia (Paris 17, Villejuif), Mitsubishi (Paris 17) et Honda (porte d’Italie), pour des raisons principalement humaines.

« Mais nous n’avons pas l’intention de quitter la région parisienne, précise Vincent Girerd. Cependant, il apparaît nécessaire d’adapter notre mode de distribution aux nouvelles attentes. »

Les autres sociétés ont compensé ces points de faiblesse et permis au groupe de poursuivre sa marche en avant en 2018, avec un chiffre d’affaires global de 318 M€ (+ 8,5 %) et un volume de 10 554 VN (+ 5,2%) et de 7 046 VO (+ 10,6%). « Si une nouvelle hausse d’activité est constatée, le poids de la production de services dans le groupe demeure inférieur à celui de ses concurrents », observe la Banque de France. Il ressort également que « le poids de la masse salariale est exagérément lourd par rapport à la profitabilité dégagée ».

Diversification dans la moto

La situation s’explique par la forte concurrence que se livrent les groupes à Lyon, la présence en Île-de-France et la difficulté de recruter. À l’inverse, le faible endettement des différentes entités est un point fort de Vulcain. « Dans trois ans, le groupe sera quasiment désendetté », a ainsi annoncé Jean-Pierre Rinaudo en introduction de la réunion. Une situation favorable qui permettra au groupe de poursuivre ses investissements, ses développements et d’accélérer sa stratégie de diversification, notamment dans la moto. Cette année, Vulcain a pour objectif de livrer 20 850 véhicules (+ 18,5 %), dont 12 320 VN, 5 200 VO à des particuliers et 3 300 à des marchands, et d’atteindre un résultat net supérieur à 0,5 %.

Source L’argus PRO